( Journal Vers L'Avenir 16 novembre 2000 - Section: Brabant wallon – Vie culturelle )
Lancée en février 99, Article 27, qui promeut le droit à la culture, ne sait plus où donner de la tête. En Brabant wallon, 3000 tickets à 50 F ont été distribués.
D ’un côté, la culture. Expos, cinéma, danse, théâtre, humour. chanson, spectacles pour enfants, musiques en tous genres... De l’autre, des gens défavorisés, à qui l’aide sociale apporte de quoi manger, se loger, se chauffer, mais pas se divertir. Or, l’article 27 de la Déclaration universelle des droits de l’homme précise que "Toute personne a le droit de prendre part librement à la vie culturelle de la communauté, de jouir des arts [...] et des bienfait qui en résultent."
E n février 1999, Isabelle Patermotte, comédienne, et le Théâtre de Poche, dirigé par Roland Mahauden, mettent sur pied un projet-pilote. en region bruxelloise, intitulé Article 27.
Le principe est simple : établir la connexion entre acteurs culturels et acteurs sociaux pour que les bénéficiaires d’aide sociale puissent aller au spectacle, pour... 50 BEF !
Le succès a dépassé tout ce que pouvait imaginer Isabelle Paternotte, qui avoue que depuis plus d’un an, elle travaille (bénévolement) avec l’impression d’avoir un bulldoozer derrière elle, tant elle est sollicitée par les partenaires sociaux.
Aujourd’hui, 80 partenaires sociaux bruxellois sont liés à Article 27. C’est-à-dire que les gens dont ils s’occupent peuvent se procurer des tickets à 50 balles. Pour aller où? Dans les manifestations organisées par 50 partenaires culturels, dont 5 cinémas.
« Comme on travaillait sans savoir de quels moyens on disposerait, explique Isabelle Paternotte, on a freiné le nombre de partenaires sociaux participant à l’opération ».
Il n’empêche : ce sont entre 10 et 12 000 tickets à 50 F qui ont été utilisés, à Bruxelles. Article 27 ajoute à ces 50 F 100 ou 200 F qui reviennent à l’organisateur du spectacle.
Le projet a donc rapidement dépassé la phase pilote, et a été subsidié par les autorités bruxelloises. Aujourd’hui, Article 27 peut passer à la vitesse supérieure, grâce à un contrat-programme conclu avec la Communauté française.
La saison dernière, l’ASBL a fonctionné avec 1,7 million. Le contrat-programme ajoute à cela 3,7 millions de la Communauté française, qui viennent des budgets de Rudy Demotte (Culture : 2,1 millions), Richard Miller (Arts de la scène et audiovisuel : 1,1 et 0,5 million), et Willy Taminiaux (Education permanente : 600000 F ).
Cet argent servira d’une part à payer le personnel nécessaire au fonctionnement de l’ASBL, mais aussi à déployer son action hors de Bruxlles.
D epuis mars, le Brabant wallon a une cellule « Article 27 » , animée au sein du Centre culturel du Brabant wallon par Emmanuelle Windelinckx
T ournai, La Louvière, Liège et Dinant ont aussi instauré des structures du même type. En janvier 2001, il s’en ouvrira à Charleroi et à Namur. Et dans des villes comme Ath, Verviers, Arlon, Marche et Huy, on piaffe d’impatience.
Isabelle Paternotte avoue qu’il faudra gérer cette extension calmement. « C’est un bonheur, et même une fierté, de voir cet enthousiasme. De janvier à mars 2001, à Bruxelles, Article 27 concernera 280 manifestations culturelles, sans compter les cinémas. Mais il ne faut pas créer des structures partout et puis ne pas avoir les moyens ni de les faire fonctionner, ni de payer les places ! »
L’extension géographique à la Wallonie pose aussi de nouveaux problèmes. Celui, crucial, de la mobilité. Aller au spectacle pour 50 F, c’est bien, mais comment? Avec quel bus? Celui de la complexité de nos institutions. Actuellement, les bénéficiaires d’Article 27 en Brabant wallon, par exemple, ne peuvent choisir leurs sorties que dans la province!
Le ministre Demotte a promis de s’atteler à ces problèmes, en mettant autour de la table les responsables des Régions, des Communautés, et du fédéral. Mais aussi en responsabilisant les députés permanents ou bourgmestres des grandes villes.
En attendant, le navire est lancé...
Didier CATTEAU