«Article 27 » donne l’accès culturel aux exclus sociaux

(Le Soir, 10 février 1999)

Soutenu par la Cocof et les CPAS, le projet pilote écrase le prix des places de spectacle à 50 FB pour ouvrir les théâtres à tous.

Toute personne a le droit de prendre part librement à la vie culturelle de la communauté, de jouir de ses arts et des bienfaits qui en résultent. Partis de cet article 27 de a déclaration universelle des droits de l’homme, l’actrice Isabelle Paternotte (voir ci-dessous) et le metteur en scène Roland Mahauden ont monté un projet pilote bruxellois, avec la Cocof et les centres d’aide sociale, pour que les exclus de la société puissent avoir accès aux manifestations culturelles.

N ous voulons démontrer que ce n’est pas parce qu’on est minimexé qu’on a plus envie de se rendre aux spectacles, explique Roland Mahauden, directeur du Théâtre de Poche. La culture est primordiale au méme titre que de la nourriture ou un toit.
A vec l’aide financière de la commission communautaire française (300.000 F en tout, soit 7.437 ), le projet « Article 27 » fait descendre à 50 F (1,44 €) le prix d’entrée des spectacles théâtraux, chorégraphiques et musicaux dans dix-neuf salles bruxelloises. La Cocof a payé 720 tickets au prix coûtant de 250 F. Les 50 F demandés alimenteront un fonds pour acheter d’autres places.
L es bénéficiaires du projet sont avant tout les personnes qui émargent au CPAS. Les dix-neuf centres d’aide sociale de la Région participent à l’opération en octroyant les coupons « Article 27 » aux démunis qui en font la demande. Ces bons leur donnent droit au prix préférentiel de 50 F lors de la reservation d’une place de spectacle.

Aux CPAS se sont ajoutées des maisons d’accueil et des missions locales dont la liste gonfle de jour en jour. Ces partenaires sociaux diffusent une brochure mensuelle qui reprend les spectacles accessibles pour 50 F. En février, il y a le choix entre treize productions disparates: de la comédie « A Table! » au Théâtre de la Toison d’or au plus austère « Conrad Detrez » au Rideau de Bruxelles, en passant par l’épique « Vie de Galilée » au Théâtre des Martyrs.

Pour stimuler l’appétit culturel des démunis, des ambassadeurs, attachés chacun à un centre social, vont organiser des groupes de spectateurs. Ces ambassadeurs ont tous été recrutés parmi les jeunes acteurs belges fraîchement sortis des écoles. Ces rencontres ont une vertu pédagogique pour ces jeunes qui apprendront à s’impliquer dans la vie de la cité, note Roland Mahauden.
 « Article 27 » a cinq mois pour porter ses fruits. Si cette action pilote est une réussite, nous nous engagerons plus loin, déclare Didier Gosuin, ministre de la Culture à la Cocof. Nous pourrions l’étendre aux autres disciplines: expos, musique, cinéma. J’espère que notre rôle de révélateur d’initiatives sera relayé ici par un soutien structurel de la Communauté française.

JULIEN BOSSELER
Renseignements auprès d’ « Article 27 » : 02-647-27-26

Généreuse sur scène et dans la vie

Sur les planches comme dans la vie, la Constance Bonacieux des « Trois Mousquetaires » (joué aux Martyrs en début de saison) a la main sur le cœur. C’est en effet Isabelle Paternotte, jeune actrice bruxelloise, qui a eu l’idée d’ouvrir les théâtres aux démunis.
Je mène une vie plutôt aisée et je me suis demandée comment je pourrais consacrer mon énergie à la solidarité, explique-t-elle. Ce n’était pas si compliqué. J’ai décidé d’agir dans mon domaine: le théâtre .

Elle sollicite Roland Mahauden qui, depuis des années, désirait lier aide sociale et culture. C’est avec lui qu’elle donne vie au projet « Article 27 ».
Isabelle Paternotte n’a pas attendu les sous de la Cocof pour se lancer dans son aventure de la solidarité. Elle glane 160 places exonérées auprès de théâtres bruxellois et les distribue, seule, en trois mois à peine.

Quand j’ai amené mes premiers invités au spectacle, j’avais le trac, avoue l’actrice. Mais la glace s’est rompue à l’entracte. Les gens se sont mis à parler. Inutile de leur expliquer la pièce! Au fil des rencontres, je me suis rendu compte que ma présence concrétisait l’idée de groupe et que la conversation s’installait d’elle-même. J’ai très rarement parler avec eux de leurs soucis de vie. Je me souviens de jeunes, contents de cette sortie parce qu’ils voyaient d’autres têtes que celles de leur centre d’accueil.

J. Bo.