Pour 50 balles, t’as un spectacle !
Pourquoi les minimexés n’auraient-ils pas droit à des loisirs? Trente-cinq mille personnes pourront ainsi (re) découvrir le monde du théâtre, du cinéma ou des musées.
Ce projet renvoie directement à la Déclaration universelle des Droits de l’homme. Selon l’alinéa 27 de cette charte, toute personne a le droit de prendre part librement à la vie culturelle de la communauté, de jouir des arts... Seulement, les conditions économiques en décident souvent autrement. Un projet-pilote du Théâtre de Poche, soutenu par la Cocof (Commission communautaire française), tente aujourd’hui de rétablir cet équilibre.
Théâtre, cinéma, concerts et expositions devraient être accessibles à tous, soulignent les promoteurs d’Article 27 tout en s’imposant un certain réalisme. Un projet embryonnaire a été mené, à titre tout à fait personnel, par la comédienne Isabelle Paternotte. Il se trouve à présent relayé par une vingtaine d’institutions bruxelloises aussi diverses que le Rideau de Bruxelles, la Balsamine et le Théâtre de la Toison d’Or.
Une dotation de 300.000 F (7.436 €) est par ailleurs accordée au projet Article 27, par la Cocof. Dans l’ensemble des institutions culturelles participant au projet, le prix d’entrée se réduit à 250F (6,18 €) (le prix ‘normal’ des places variant généralement de 450 à 650 F (11,14 à 16,10 €). Participent également au projet quelques CPAS bruxellois et associations à vocation sociale (Maisons d’accueil ou Missions locales) ainsi que le Théâtre de Poche qui soutient, dans un premier temps, le projet d’un point de vue logistique.
Enfin, un certain nombre de jeunes artistes bruxellois se sont également associé à Article 27 en acceptant de remplir la fonction d’ambassadeurs culturels. Pratiquement, comment ce projet fonctionnera-t-il? Ces faveurs culturelles sont accessibles aux minimexés. Quelque 35.000 personnes pourraient ainsi être concernées par l’opération. Ces personnes pourront bénéficier de la manne d’Article 27 seul ou en compagnie d’un ambassadeur culturel. S’il décide de profiter seul d’un produit culturel, il lui suffit de tendre (après une réservation téléphonique) aux responsables de la billetterie d’un des théâtres participant, un formulaire ad hoc et une pièce de 50 F (1,23 € ).
Ambassadeurs
Des moyens insuffisants n’expliquent pas à eux seuls le « manque d’appétit culturel » de certaines catégories sociales. C’est précisément dans ce domaine délicat qu’interviennent les ambassadeurs. Ces derniers se proposent d’accompagner au spectacle les titulaires d’un minimex. L’objectif étant de constituer avec l’aide des CPAS ou des associations participant des petits groupes de 510 spectateurs. Le subside alloué par la Cocof a permis l’achat de 720 places (45 places dans 16 lieux culturels) et la participation directe des utilisateurs (50 F) permettant de porter ce chiffre à quelque 864 places.
Un bulletin d’information mensuel sera de plus diffuse auprès des travailleurs sociaux et des minimexés. Article 27 se chargeant de la diffusion de ce bulletin... Enfin, l’ensemble de l’opération sera évaluée dans le courant du mois de juin 99, en vue d’un élargissement à d’autres secteurs culturels comme les musées, les cinémas et les exposition temporaires.
Elysabeth LOOS
Article 27, renseignements:
647.27.26.
La comédienne Isabelle Paternotte est à la base de ce projet généreux.
« Tout est parti d’une réflexion menée depuis quelque temps avec mon mari, une réflexion sur la citoyenneté et surtout sur ce qu’on peut faire et à quel niveau. J’ai fini par me dire que le mieux est encore d’agir dans le secteur que l’on connaît. Comédienne, je me suis naturellement tournée vers le secteur théâtral. Pour un comédien, il est plus confortable de jouer devant une salle pleine, l’idée m’est alors venue de mettre les sièges restés libres, à disposition de ceux qui, pour des raisons économiques ou sociales, ne peuvent pas envisager de franchir le seuil d’une salle de théâtre ».
J’ai commencé en septembre dernier et j’ai poursuivi seule mon action jusqu’en décembre. En téléphonant un peu partout pour obtenir des places gratuites, j’ai rencontré un véritable enthousiasme de la part des théâtre et de Roland Mahauden, le directeur du Théâtre de Poche, m’a proposé de passer à la vitesse supérieure. Nous avons ainsi pu obtenir une aide de la Commission communautaire française (Cocof).
Entre-temps, j’ai eu l’occasion de vivre les choses de manière pratique. Je ne me suis bien sûr pas contentée de solliciter les théâtres, j’ ai pris contact avec un CPAS et d’autres organismes sociaux. J’ai ainsi pu me rendre compte du bien-fondé de la démarche. Pour beaucoup, la barrière économique est réelle et certaines personnes - beaucoup de femmes, par exemple - sont privées de pratiques culturelles alors qu’elles bénéficient d’une véritable éducation. Pour d’autres, c’est plutôt une autre barrière qui intervient mais qui est bien vite levée.
J’ai constaté qu’il y a rapidement eu un effet d’entraînement, si dans un foyer comme celui des Petits Riens par exemple, quelqu’un raconte un spectacle, eh bien, tout le monde veut y aller!
En peu de temps, des liens se sont vraiment créés entre moi, ambassadrice culturelle et les bénficiaires de l’Article 27.
Quant aux produits culturels découverts par le relais des CPAS, Missions locales ou autres maisons d’accueil, ils satisfont très largement ce nouveau public...
E.L.
La comédienne Isabelle Paternotte est à l’origine de ce projet. Chapeau! (Photo V. Fromont)